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Antoine FORCES

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Nécropolis

Lambeaux d'humanité
04 novembre

Dernière sortie avant autoroute

 

 

Je ne sais ce qui nous a poussé ici, dans cette voie inattendue. Etendue qui semblait nous tendre les bras, nous dire « Venez ! », comme un appel de détresse. Je ne sais, mais nous sommes là…

Nous avancions d’abord à pas feutrés, lentement, prudemment… Au début, le bitume n’était pas… A peine le sol était-il de terre battue, à peine quelques graviers, à peine l’on devinait une piste. Mais rapidement – proportionnellement à l’accélération de nos pas – le chemin se dessinait plus distinctement. Il devint évident que nous allions le marquer profondément de nos empreintes.

 

Qui sont-ils, tous ces gens, qui surfent allègrement sur des billets de banque ? A croire que l’argent est une rivière ?...

 

Par endroit sur le chemin, des restes de bitume, faits de boursouflures et de fissures… Nul doute qu’un jour, quelqu’un avait essayé d’inscrire ici une vraie route (une de celle que les moteurs hurlants empruntent, faisant crisser leurs pneus, dessous leur ferraille).

Des fragments de bitume de plus en plus nombreux, au fur et à mesure de nos pas, des fragments allant bientôt jusqu’à se rejoindre pour ne former qu’un… La percolation de l’asphalte terminée, complète, la route est faite… Ne reste qu’à prendre de la vitesse…

Et nous aussi, des pneus, une ferraille, un moteur…

 

Et ces gens sont toujours là, toujours plus nombreux, parmi les billets qui jaillissent comme d’une fontaine… Ils semblent heureux… Mais qui sont-ils ?

 

Et toi, tu as cru, au bonheur, tu as cru ? Tu as cru à CE bonheur… C’est pour cela que tu t’es engagé sur cette route…

 

Peut-être encore temps, peut-être un demi-tour dans un coup de frein à main soudain…

Mais la route ouvre ses bras, elle nous invite à poursuivre… Et nous poursuivons, dans des gestes toujours plus rapides, dans des méandres de matière grise… Bientôt, nous serons automatiques, nous SAURONS… précisément, au millimètre près, comment faire glisser nos doigts sur les leviers…

 

Et tous ces gens au milieu de leur geyser d’argent, qui ne voient plus le monde… Mais quelle joie aveugle les emporte… vers la tombe ?

 

La route s’élargit tout d’un coup… La vitesse est telle, grandissante encore, qu’il devient impossible d’en appréhender le degré…

Message amical… « Dernière sortie avant autoroute »…

Mes compagnons dorment… J’entends déjà les cris atroces de la ferraille brûlée, au milieu de tous ces gens au corps saturé de billets… Tous ces gens qui un jour pensèrent avoir trouvé, ces gens qui crurent que sur Terre, on pouvait s’arrêter.

Qui sont-ils vraiment, tous, et qu’ont-ils fait ?

Pauvres aveugles, le bonheur est furtif, ne le saviez-vous pas ?… Le plus grand drame est que vous l’ayez cru argentifère...

 

Antoine FORCES - 4 novembre 2008 - Tous droits réservés

02 ottobre

La faucheuse, la solitude et l'alcool

 

 

 

Au milieu d’une grande pièce presque vide, tout au milieu d’une quasi ruine. Je bois ma première bière, seul… Non pas la première de la journée, non pas la première de ma vie (il y en eut tant, glissant, délectant mon gosier !)… La première bière depuis… des années…

J’avais cessé d’absorber ce doux poison, depuis longtemps déjà, j’avais cessé d’autant plus que cette boisson était devenue la compagne de mes longues, trop longues, soirées de solitude… Quand la nuit vient, quand la nuit pèse, quand elle s’épaissit et se confond à la noirceur de l’existence… Fondue dans ma propre ombre, et moi tout engourdi d’alcool… Attendant le lendemain et que passe la faucheuse, attendant le jour pour m’apercevoir que je vis encore, que je sais encore rire, que finalement, quelque part, en un point de moi, je suis heureux… Que je profite encore de l’instant, DES instants successifs… Jusqu’à ce que vienne le soir, jusqu’à ce que surgisse le noir… Et la bière, ou le pastis, ou d’autres alcools, qui se distillent lentement dans mes veines…

Et lorsque la faucheuse vient, je la regarde glisser dans le silence glacial ; elle m’ignore et continue son funeste travail, et je la regarde faucher. Je suis un survivant, un survivant de tout ! J’ai survécu à l’amour, j’ai survécu à l’alcool, j’ai survécu à la maladie, j’ai survécu aux cercles, et à toutes les sectes, à l’OTS… J’ai survécu à la vie, j’ai survécu à la mort… Je suis l’immortel qui traverse l’Univers, car je suis un fantôme franchissant l’existence. J’ai une pensée pour tous ceux qui voulurent attenter à ma vie – certains sont morts maintenant, et je leur survis ! – une pensée pour toutes ces personnes qui tentèrent de m’assassiner, les pauvres, ils ne savaient pas : Antoine Forces ne meurt pas ! Il se régénère, Salamandre !

Seulement, dans l’ombre, le soir revient toujours, et c’est toujours comme une fin. Une fin dont la plus belle marque est ce passage incessant, toutes les nuits, de la faucheuse. Je la regarde passer, assis dans le noir… Elle est belle et médiévale… Elle resplendit de sa mission… Elle glisse, légère, dans l’air et le souffle du vent se confond avec le souffle de sa faux… C’est ainsi que les hommes ne voient pas venir : ils croient que c’est le vent, mais c’est la mort !

Je la regarde une bière à la main, et je sais qu’elle ne s’approchera pas… Elle ne prend que ceux qui ne veulent pas d’elle… Je suis protégé… Je suis un survivant…

Et tous les soirs, la faucheuse passe en m’ignorant ; je suis aimé de la solitude qui m’embrasse, et l’alcool calme doucement mes plaies…

Une fois de plus, j’attendrai que passe la faucheuse, j’attendrai le lendemain et son soleil neuf, j’attendrai le lendemain pour m’apercevoir que je vis encore et que, finalement, quelque part, en un point inconnu et mystérieux de moi, je suis heureux…

 

 

Antoine FORCES - 2 octobre 2008 - Tous droits réservés

07 settembre

Lettre aux cercleux

 

 

Souvenez-vous… Au tout début de cette année, vous m’invitiez à vous rejoindre… Vous disiez connaître un nouveau système économique infaillible, une méthode d’entraide et de solidarité qui se propagerait dans peu de temps sur toute la planète… Vous appeliez cela « les cercles d’abondance ». Et moi, à cette annonce plus qu’incroyable - puisque non crédible - je sursautais et partais dans de grands cris, tel Antonin Artaud partagé entre génie et folie : « Mais c’est la Révolutttttiiiiiiooooonnnn !... Le Monde est sauvé, alors ! On va sauver le Monde ! Le Monde est sauvéééééé ! »

Et vous, vous croyiez profondément en cela, et vous me répondiez, contre toute attente et le plus sérieusement du monde : oui, enfin, le Monde allait être sauvé !

Le fou, je croyais que c’était moi, et de ce jour je m’aperçus que j’étais encerclé par des bien plus fous que moi !

Par les cercles d’abondance, la pauvreté se tarirait, et les richesses abonderaient, pour tous et pour toujours !

Mes pauvres amis, où êtes-vous donc tombés ? QUI ?! Oui, QUI a pu vous transformer ainsi ?

Par une démonstration mathématique des plus simples, que même un enfant de cinq ans saisirait, je vous expliquais l’inéluctable et très rapide effondrement de votre économie « solidaire »… Et à ma grande surprise… Vous n’avez pas compris !!! Vous n’étiez pas dans les mathématiques, même des plus simples… Vous n’étiez que dans vos ridicules chimères ! Et dans ces chimères, vous vous y êtes enfermés !

Neuf mois se sont écoulés, et de votre enceinte, rien n’a accouché. Aujourd’hui, silence ! Comme c’est étrange : en janvier il fallait recruter, il fallait parler (discrètement) des cercles autour de soi…

Paradoxe du cercle d’abondance : pour recruter, il faut parler… mais attention, pas n’importe comment, pas à n’importe qui… Il faut bien choisir ses endroits, ses moments, ses interlocuteurs… Ne pas utiliser le téléphone, ne pas utiliser les boîtes électroniques… Mais comment recruter sans parler ouvertement ? Et ainsi, par manque d’interlocuteurs, vous vous retrouvez fatalement entre vous. De là, il y a vous, et il y a le Monde autour… Oui, vous savez, le Monde : celui que vous deviez sauver… Il y a vous et il y a le Monde, et le Monde est devenu votre ennemi ! Les cercles d’abondance, vous n’en parlez plus… Vous croyez en parler encore mais vous n’en parlez plus qu’entre vous. Les cercles d’abondance, vous n’en parlez plus, mais le Monde, qui auparavant n’en parlait pas par ignorance de vos activités, en parle aujourd’hui après avoir pris connaissance de qui vous étiez : il n’y a qu’à voir les multiples sites Internet où la question est développée. Le Monde, celui que vous deviez sauver, cherche à vous écraser !

Après tout, le Monde, il ne veut peut-être pas être sauvé ? D’ailleurs, a-t-il seulement besoin de l’être ? Depuis 100000 ans les hommes veulent sauver le Monde, mais le Monde tourne depuis des milliards d’années ; il n’a pas attendu l’Homme, et de l’Homme, il n’en a pas besoin. Sans doute, même, il s’en passerait bien !

Neuf mois se sont écoulés depuis votre invitation que j’ai alors poliment déclinée. Aujourd’hui, silence… Vous ne venez plus me voir, vous ne cherchez plus à me recruter. Depuis ce temps, j’ai suivi les évènements, comme tant d’autres, par le biais d’Internet, par quelques journaux aussi et, plus rare, par quelques reportages télévisés. Il y a eu des demandes de remboursement, il y a eu des plaintes… Eh bien, alors, je ne comprends pas ? Vous m’aviez pourtant dit que toute personne demandant à récupérer son argent recevrait satisfaction ? Ah, mais voilà, s’il y en a une, deux, qui demandent, c’est réalisable… Mais au moment où l’engrenage bloque (et il bloque obligatoirement à un instant donné et la mécanique casse) et que tout le monde demande à récupérer sa mise, l’on s’aperçoit qu’il n’y a pas assez d’argent pour satisfaire à toutes les demandes. Vous m’aviez pourtant bien parlé d’un système infaillible, et même d’une « économie solidaire » ? Et maintenant, où est-il passé, votre esprit de solidarité ? Maintenant que vos « chefs » se sont enfuis avec la caisse, ces gens en qui vous aviez toute confiance… Ah, mais j’anticipe, vous n’en êtes pas encore là, vous n’avez pas encore pris conscience de leur fuite et du vol à grande échelle qu’auront été les cercles d’abondance… Il vous faudra encore quelques mois pour éclaircir vos idées car vous êtes encore sous influence. Quel gâchis psychologique ! Qui serez-vous, APRES ? Après, vous vous entretuerez, vous vous rejetterez la faute les uns sur les autres. Bel exemple de partage, d’entraide et de solidarité, bravo ! Vous avez fortement voulu une chose et vous n’obtenez que son contraire : à vous de faire le point sur cette réflexion.

Depuis neuf mois, des demandes de remboursement, des plaintes, des arrestations. C’est déjà arrivé en Alsace, en Bretagne… Bientôt cela arrivera ailleurs, puis partout en France. Ferez-vous partie de ces gens arrêtés ? C’est bien possible… Pour avoir remporté une somme d’argent qui, au final, ne vous appartenait pas et pour avoir, aussi, inciter d’autres gens, souvent honnêtes, à vous suivre…

Vous-mêmes, vous étiez honnêtes. Aujourd’hui, qu’êtes-vous devenus ? Les cercles d’abondance, une belle usine où beaucoup de gens honnêtes travaillent à la chaîne pour fabriquer des escrocs, et ensuite imperceptiblement, devenir escrocs eux-mêmes.

Vous étiez mes amis, je voulais vous aider à « sortir de là ». Mais lorsque je vous parlais « pyramide », vous me répondiez « cercle » ; nous ne nous comprenions pas.

A la réflexion, vous n’aviez pas tout à fait tort. Une pyramide n’est bien souvent qu’un labyrinthe où, fatalement, l’on finit par tourner en rond…

Vous qui avez gagné le gros lot, le jour où on vous le demande, rendez l’argent ; vous serez en paix avec vous-même seulement de cette manière. Et vous qui avez tout misé sans rien récupérer, acceptez cette perte financière quelle qu’en soit la difficulté, et ayez la sagesse de reconnaître vos erreurs ; dans cette histoire, vous aurez été volés, mais jamais, au moins, on ne pourra vous dire voleurs.

Je vous souhaite, à tous, de retrouver votre chemin, et de connaître encore le bonheur…

 

Antoine FORCES - 7 septembre 2008 - Tous droits réservés

 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas les cercles d'abondances et qui auraient quelques difficultés à saisir le sens de ce texte et des deux précédents sur le même sujet ("Le Cercleux", août 2008 ; "Les Cercles d'abondance", mars 2008), je renvoie vers un excellent blog qui explique tout le système dans ses détails : http://anticercles.blogspot.com Vous y trouverez aussi des articles de journaux et des reportages télévisés, ainsi que des liens vers d'autres sites Internet contre ces cercles.

05 settembre

Des clans

En France, depuis plusieurs années, se développent de grandes foires, apologie de l’écologie et du « bio ». On s’y sent bien, on s’y promène, on goûte les produits, on gueule contre les multinationales qui pourrissent la Terre, on arbore une multitude d’autocollants, d’affiches (« OGM, j’en veux pas ! » ; « OGM, moi non plus ! »). Une foule très dense traverse ces foires, preuve s’il en est du succès remporté par celles-ci. Alors, le monde serait-il sauvé ? Les gens auraient-ils enfin compris la nécessité de protéger la planète que l’on foule de nos pieds ?

Des clans, toujours des clans. Des hommes et des femmes rassemblés dans leurs chapelles. Mais qu’est-ce que c’est que ces prêches dans le désert ? Eclaire-t-on un esprit qui a déjà la lumière ? Et combien d’entre eux iront au front, combien d’entre eux se placeront face au clan adverse ? Combien d’entre eux affronteront la réalité d’un monde coupé en deux, d’un côté une bulle d’écologistes, de l’autre une bulle de purs capitalistes ?

Regardez-les, toutes ces personnes, traînant sur des foires bon esprit, bon enfant, où l’on a déjà refait le monde, où l’on crie victoire… Mais le monde il est là, plein de ses égoïstes, débordant de sa pollution… Il n’a pas été refait, il est toujours le même !

Pauvres écolos enfermés dans vos bulles, que pouvez-vous contre l’empire qui se dresse devant vous ? Relevez-vous, ne restez pas là entre vous, allez au front ! Je veux vous voir à la guerre ! Car si je vous vois souvent, nombreux sur les foires, il n’en est pas de même face à l’ennemi… Il est si facile de rester entre gens convaincus, jusqu’au jour où… vous vous apercevrez que vous avez été vaincus !

Voilà des foires où vous vous amusez, où vous vous « distrayez »… Et pendant ce temps les pesticides s’épanchent sur les terres, et les maïs transgéniques contaminent nos campagnes ! Pauvres hommes qui voulez vivre sur votre belle planète, bientôt vous mourrez, écrasés par les imbéciles que vous dites combattre. Finalement vous ne valez pas mieux que ceux-là car protégés dans vos bulles et croyant y avoir sauvé le monde, vous les aurez laissés faire !

Alors continuez à rire entre vous et à vous distraire. Si vous ne voulez pas relever la tête, alors continuez à prêcher dans les déserts, face à vous-même. Car parler à tous ces gens qui sont en harmonie avec vous, c’est comme vous regarder dans un miroir… Ils vous applaudiront et votre ego brillera de mille feux… C’est cela que vous voulez ? Cela, l’ego poli, brillant, lustré ? Si cela vous donne bonne conscience, alors continuez… L’Empire, petit à petit, gagnera sur vous et vous ne le verrez pas… Pauvres écolos, pauvres hommes, comme je vous plains, prisonniers dans vos bulles, bientôt écrasés…

Mais s’il existe une route, longue sans doute, vers le changement… Alors apprenez à souffrir et combattez !

Antoine FORCES - Septembre 2008 - Tous droits réservés

30 agosto

Le cercleux

Voilà des années, la joie s’exhalait de mon corps, des rires éclatants jaillissaient de mes entrailles. Rien ne pouvait retenir ni arrêter mon bonheur, car le bonheur, c’était moi ! Voilà des années, avant que la maladie ne se pose sur moi.

Il y a longtemps déjà, mes frères vinrent me voir, mes frères que j’aimais tant. Ils portaient sur eux une marque inconnue, et ils semblaient tous baignés d’une lumière évanescente et merveilleuse. Ils me dirent que cette nouveauté émanait de l’empreinte, et qu’il n’y avait qu’à partager cette empreinte afin que le monde entier baigne dans la lumière. Et moi aussi, je reçus l’empreinte.

Je ne connaissais pas cette empreinte, mais je portais pleine confiance en mes frères, et la marque des cercles fut frappée sur ma poitrine nue.

Vint un long temps de partage, de solidarité, d’euphorie, et la marque des cercles circulait, et un grand nombre furent touchés et heureux.

Mais un jour, bien des années après, je m’aperçus que l’empreinte s’estompait… Mes frères aussi s’aperçurent du même effet, et beaucoup sombrèrent en chagrin. « Solidaires, mes frères, solidaires ! Elle réapparaîtra ! » Mais le Monde tourna son regard accusateur sur nous, puis l’on nous mît à l’écart. Contaminés, condamnés, frappés d’une empreinte mortelle.

Les cercles commencèrent à ronger notre âme comme une lèpre rongerait les corps.

La maladie, du bout de ses lèvres sur ma peau, apposa en douceur son baiser de mort.

Et jamais l’empreinte ne réapparut…

Aujourd’hui, je suis le cercleux et je me cache. Et tous les cercleux du monde font de même. Je ne sors que la nuit, afin que l’œil du Monde ne m’atteigne. Je me cache sous les ponts, et dans de vieilles masures habitées d’insectes, de rats, de ronces… Je suis le cercleux que l’on évite… et j’évite le Monde, de peur qu’il ne me frappe de son œil !

Enfoui dans de vieux cachots humides, me voilà promis à une mort lente et douloureuse. Jusque dans la tombe, l’œil peut surgir ! Frappé d’anathème, jamais je ne retrouverai la paix, car un jour et pour toujours touché par les cercles. Je suis le cercleux, porteur d’une épidémie moderne, imprévue, imprévisible, qu’aucun médecin jamais ne saurait guérir.

Tous les jours de ma vie, je maudis ce jour où mes frères vinrent, et je maudis mes frères, et je maudis le Monde, et je maudis tous ses habitants. Je suis le cercleux, un écorché, une larve. Eternellement, j’erre sur les boulevards nus, mon soleil n’est que lampadaires. Le Monde rit dans la succession des jours. Ma vie, quant à elle, est une nuit, sombre et sans lune, éternelle et polaire.

Etre cercleux, être incurable. Une fois inscrit, c’est un état qui fait partie de vous… C’EST vous ! Cela vous suit dans ce qu’il vous reste encore de vie, cela ne vous lâche pas. Etre cercleux, dans un enclos, rester en groupe, entre malades, et se déchirer encore, accuser l’autre d’être le premier infecté… Se battre, s’entretuer : quotidien, routine des pestiférés !

Je suis cercleux et j’en suis fier. Je contaminerai la Terre entière ! L’Humanité entrera dans mon cercle ! Tous les hommes, des cercleux ! Toute la Terre, touchée par cette nouvelle peste !

Que m’importe, maintenant, je suis cercleux et sans espoir… Que m’importe les autres ? Que m’importe la solidarité puisque aussitôt promise, aussitôt volée !?

Je n’ai plus aucune inquiétude… Demain n’existe plus : un grand cercle s’est refermé sur les erreurs du passé… A moi, Humanité !

 

 

Antoine FORCES - Août 2008 - Tous droits réservés

 
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