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04 novembre

Dernière sortie avant autoroute

 

 

Je ne sais ce qui nous a poussé ici, dans cette voie inattendue. Etendue qui semblait nous tendre les bras, nous dire « Venez ! », comme un appel de détresse. Je ne sais, mais nous sommes là…

Nous avancions d’abord à pas feutrés, lentement, prudemment… Au début, le bitume n’était pas… A peine le sol était-il de terre battue, à peine quelques graviers, à peine l’on devinait une piste. Mais rapidement – proportionnellement à l’accélération de nos pas – le chemin se dessinait plus distinctement. Il devint évident que nous allions le marquer profondément de nos empreintes.

 

Qui sont-ils, tous ces gens, qui surfent allègrement sur des billets de banque ? A croire que l’argent est une rivière ?...

 

Par endroit sur le chemin, des restes de bitume, faits de boursouflures et de fissures… Nul doute qu’un jour, quelqu’un avait essayé d’inscrire ici une vraie route (une de celle que les moteurs hurlants empruntent, faisant crisser leurs pneus, dessous leur ferraille).

Des fragments de bitume de plus en plus nombreux, au fur et à mesure de nos pas, des fragments allant bientôt jusqu’à se rejoindre pour ne former qu’un… La percolation de l’asphalte terminée, complète, la route est faite… Ne reste qu’à prendre de la vitesse…

Et nous aussi, des pneus, une ferraille, un moteur…

 

Et ces gens sont toujours là, toujours plus nombreux, parmi les billets qui jaillissent comme d’une fontaine… Ils semblent heureux… Mais qui sont-ils ?

 

Et toi, tu as cru, au bonheur, tu as cru ? Tu as cru à CE bonheur… C’est pour cela que tu t’es engagé sur cette route…

 

Peut-être encore temps, peut-être un demi-tour dans un coup de frein à main soudain…

Mais la route ouvre ses bras, elle nous invite à poursuivre… Et nous poursuivons, dans des gestes toujours plus rapides, dans des méandres de matière grise… Bientôt, nous serons automatiques, nous SAURONS… précisément, au millimètre près, comment faire glisser nos doigts sur les leviers…

 

Et tous ces gens au milieu de leur geyser d’argent, qui ne voient plus le monde… Mais quelle joie aveugle les emporte… vers la tombe ?

 

La route s’élargit tout d’un coup… La vitesse est telle, grandissante encore, qu’il devient impossible d’en appréhender le degré…

Message amical… « Dernière sortie avant autoroute »…

Mes compagnons dorment… J’entends déjà les cris atroces de la ferraille brûlée, au milieu de tous ces gens au corps saturé de billets… Tous ces gens qui un jour pensèrent avoir trouvé, ces gens qui crurent que sur Terre, on pouvait s’arrêter.

Qui sont-ils vraiment, tous, et qu’ont-ils fait ?

Pauvres aveugles, le bonheur est furtif, ne le saviez-vous pas ?… Le plus grand drame est que vous l’ayez cru argentifère...

 

Antoine FORCES - 4 novembre 2008 - Tous droits réservés

02 ottobre

La faucheuse, la solitude et l'alcool

 

 

 

Au milieu d’une grande pièce presque vide, tout au milieu d’une quasi ruine. Je bois ma première bière, seul… Non pas la première de la journée, non pas la première de ma vie (il y en eut tant, glissant, délectant mon gosier !)… La première bière depuis… des années…

J’avais cessé d’absorber ce doux poison, depuis longtemps déjà, j’avais cessé d’autant plus que cette boisson était devenue la compagne de mes longues, trop longues, soirées de solitude… Quand la nuit vient, quand la nuit pèse, quand elle s’épaissit et se confond à la noirceur de l’existence… Fondue dans ma propre ombre, et moi tout engourdi d’alcool… Attendant le lendemain et que passe la faucheuse, attendant le jour pour m’apercevoir que je vis encore, que je sais encore rire, que finalement, quelque part, en un point de moi, je suis heureux… Que je profite encore de l’instant, DES instants successifs… Jusqu’à ce que vienne le soir, jusqu’à ce que surgisse le noir… Et la bière, ou le pastis, ou d’autres alcools, qui se distillent lentement dans mes veines…

Et lorsque la faucheuse vient, je la regarde glisser dans le silence glacial ; elle m’ignore et continue son funeste travail, et je la regarde faucher. Je suis un survivant, un survivant de tout ! J’ai survécu à l’amour, j’ai survécu à l’alcool, j’ai survécu à la maladie, j’ai survécu aux cercles, et à toutes les sectes, à l’OTS… J’ai survécu à la vie, j’ai survécu à la mort… Je suis l’immortel qui traverse l’Univers, car je suis un fantôme franchissant l’existence. J’ai une pensée pour tous ceux qui voulurent attenter à ma vie – certains sont morts maintenant, et je leur survis ! – une pensée pour toutes ces personnes qui tentèrent de m’assassiner, les pauvres, ils ne savaient pas : Antoine Forces ne meurt pas ! Il se régénère, Salamandre !

Seulement, dans l’ombre, le soir revient toujours, et c’est toujours comme une fin. Une fin dont la plus belle marque est ce passage incessant, toutes les nuits, de la faucheuse. Je la regarde passer, assis dans le noir… Elle est belle et médiévale… Elle resplendit de sa mission… Elle glisse, légère, dans l’air et le souffle du vent se confond avec le souffle de sa faux… C’est ainsi que les hommes ne voient pas venir : ils croient que c’est le vent, mais c’est la mort !

Je la regarde une bière à la main, et je sais qu’elle ne s’approchera pas… Elle ne prend que ceux qui ne veulent pas d’elle… Je suis protégé… Je suis un survivant…

Et tous les soirs, la faucheuse passe en m’ignorant ; je suis aimé de la solitude qui m’embrasse, et l’alcool calme doucement mes plaies…

Une fois de plus, j’attendrai que passe la faucheuse, j’attendrai le lendemain et son soleil neuf, j’attendrai le lendemain pour m’apercevoir que je vis encore et que, finalement, quelque part, en un point inconnu et mystérieux de moi, je suis heureux…

 

 

Antoine FORCES - 2 octobre 2008 - Tous droits réservés

07 settembre

Lettre aux cercleux

 

 

Souvenez-vous… Au tout début de cette année, vous m’invitiez à vous rejoindre… Vous disiez connaître un nouveau système économique infaillible, une méthode d’entraide et de solidarité qui se propagerait dans peu de temps sur toute la planète… Vous appeliez cela « les cercles d’abondance ». Et moi, à cette annonce plus qu’incroyable - puisque non crédible - je sursautais et partais dans de grands cris, tel Antonin Artaud partagé entre génie et folie : « Mais c’est la Révolutttttiiiiiiooooonnnn !... Le Monde est sauvé, alors ! On va sauver le Monde ! Le Monde est sauvéééééé ! »

Et vous, vous croyiez profondément en cela, et vous me répondiez, contre toute attente et le plus sérieusement du monde : oui, enfin, le Monde allait être sauvé !

Le fou, je croyais que c’était moi, et de ce jour je m’aperçus que j’étais encerclé par des bien plus fous que moi !

Par les cercles d’abondance, la pauvreté se tarirait, et les richesses abonderaient, pour tous et pour toujours !

Mes pauvres amis, où êtes-vous donc tombés ? QUI ?! Oui, QUI a pu vous transformer ainsi ?

Par une démonstration mathématique des plus simples, que même un enfant de cinq ans saisirait, je vous expliquais l’inéluctable et très rapide effondrement de votre économie « solidaire »… Et à ma grande surprise… Vous n’avez pas compris !!! Vous n’étiez pas dans les mathématiques, même des plus simples… Vous n’étiez que dans vos ridicules chimères ! Et dans ces chimères, vous vous y êtes enfermés !

Neuf mois se sont écoulés, et de votre enceinte, rien n’a accouché. Aujourd’hui, silence ! Comme c’est étrange : en janvier il fallait recruter, il fallait parler (discrètement) des cercles autour de soi…

Paradoxe du cercle d’abondance : pour recruter, il faut parler… mais attention, pas n’importe comment, pas à n’importe qui… Il faut bien choisir ses endroits, ses moments, ses interlocuteurs… Ne pas utiliser le téléphone, ne pas utiliser les boîtes électroniques… Mais comment recruter sans parler ouvertement ? Et ainsi, par manque d’interlocuteurs, vous vous retrouvez fatalement entre vous. De là, il y a vous, et il y a le Monde autour… Oui, vous savez, le Monde : celui que vous deviez sauver… Il y a vous et il y a le Monde, et le Monde est devenu votre ennemi ! Les cercles d’abondance, vous n’en parlez plus… Vous croyez en parler encore mais vous n’en parlez plus qu’entre vous. Les cercles d’abondance, vous n’en parlez plus, mais le Monde, qui auparavant n’en parlait pas par ignorance de vos activités, en parle aujourd’hui après avoir pris connaissance de qui vous étiez : il n’y a qu’à voir les multiples sites Internet où la question est développée. Le Monde, celui que vous deviez sauver, cherche à vous écraser !

Après tout, le Monde, il ne veut peut-être pas être sauvé ? D’ailleurs, a-t-il seulement besoin de l’être ? Depuis 100000 ans les hommes veulent sauver le Monde, mais le Monde tourne depuis des milliards d’années ; il n’a pas attendu l’Homme, et de l’Homme, il n’en a pas besoin. Sans doute, même, il s’en passerait bien !

Neuf mois se sont écoulés depuis votre invitation que j’ai alors poliment déclinée. Aujourd’hui, silence… Vous ne venez plus me voir, vous ne cherchez plus à me recruter. Depuis ce temps, j’ai suivi les évènements, comme tant d’autres, par le biais d’Internet, par quelques journaux aussi et, plus rare, par quelques reportages télévisés. Il y a eu des demandes de remboursement, il y a eu des plaintes… Eh bien, alors, je ne comprends pas ? Vous m’aviez pourtant dit que toute personne demandant à récupérer son argent recevrait satisfaction ? Ah, mais voilà, s’il y en a une, deux, qui demandent, c’est réalisable… Mais au moment où l’engrenage bloque (et il bloque obligatoirement à un instant donné et la mécanique casse) et que tout le monde demande à récupérer sa mise, l’on s’aperçoit qu’il n’y a pas assez d’argent pour satisfaire à toutes les demandes. Vous m’aviez pourtant bien parlé d’un système infaillible, et même d’une « économie solidaire » ? Et maintenant, où est-il passé, votre esprit de solidarité ? Maintenant que vos « chefs » se sont enfuis avec la caisse, ces gens en qui vous aviez toute confiance… Ah, mais j’anticipe, vous n’en êtes pas encore là, vous n’avez pas encore pris conscience de leur fuite et du vol à grande échelle qu’auront été les cercles d’abondance… Il vous faudra encore quelques mois pour éclaircir vos idées car vous êtes encore sous influence. Quel gâchis psychologique ! Qui serez-vous, APRES ? Après, vous vous entretuerez, vous vous rejetterez la faute les uns sur les autres. Bel exemple de partage, d’entraide et de solidarité, bravo ! Vous avez fortement voulu une chose et vous n’obtenez que son contraire : à vous de faire le point sur cette réflexion.

Depuis neuf mois, des demandes de remboursement, des plaintes, des arrestations. C’est déjà arrivé en Alsace, en Bretagne… Bientôt cela arrivera ailleurs, puis partout en France. Ferez-vous partie de ces gens arrêtés ? C’est bien possible… Pour avoir remporté une somme d’argent qui, au final, ne vous appartenait pas et pour avoir, aussi, inciter d’autres gens, souvent honnêtes, à vous suivre…

Vous-mêmes, vous étiez honnêtes. Aujourd’hui, qu’êtes-vous devenus ? Les cercles d’abondance, une belle usine où beaucoup de gens honnêtes travaillent à la chaîne pour fabriquer des escrocs, et ensuite imperceptiblement, devenir escrocs eux-mêmes.

Vous étiez mes amis, je voulais vous aider à « sortir de là ». Mais lorsque je vous parlais « pyramide », vous me répondiez « cercle » ; nous ne nous comprenions pas.

A la réflexion, vous n’aviez pas tout à fait tort. Une pyramide n’est bien souvent qu’un labyrinthe où, fatalement, l’on finit par tourner en rond…

Vous qui avez gagné le gros lot, le jour où on vous le demande, rendez l’argent ; vous serez en paix avec vous-même seulement de cette manière. Et vous qui avez tout misé sans rien récupérer, acceptez cette perte financière quelle qu’en soit la difficulté, et ayez la sagesse de reconnaître vos erreurs ; dans cette histoire, vous aurez été volés, mais jamais, au moins, on ne pourra vous dire voleurs.

Je vous souhaite, à tous, de retrouver votre chemin, et de connaître encore le bonheur…

 

Antoine FORCES - 7 septembre 2008 - Tous droits réservés

 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas les cercles d'abondances et qui auraient quelques difficultés à saisir le sens de ce texte et des deux précédents sur le même sujet ("Le Cercleux", août 2008 ; "Les Cercles d'abondance", mars 2008), je renvoie vers un excellent blog qui explique tout le système dans ses détails : http://anticercles.blogspot.com Vous y trouverez aussi des articles de journaux et des reportages télévisés, ainsi que des liens vers d'autres sites Internet contre ces cercles.

05 settembre

Des clans

En France, depuis plusieurs années, se développent de grandes foires, apologie de l’écologie et du « bio ». On s’y sent bien, on s’y promène, on goûte les produits, on gueule contre les multinationales qui pourrissent la Terre, on arbore une multitude d’autocollants, d’affiches (« OGM, j’en veux pas ! » ; « OGM, moi non plus ! »). Une foule très dense traverse ces foires, preuve s’il en est du succès remporté par celles-ci. Alors, le monde serait-il sauvé ? Les gens auraient-ils enfin compris la nécessité de protéger la planète que l’on foule de nos pieds ?

Des clans, toujours des clans. Des hommes et des femmes rassemblés dans leurs chapelles. Mais qu’est-ce que c’est que ces prêches dans le désert ? Eclaire-t-on un esprit qui a déjà la lumière ? Et combien d’entre eux iront au front, combien d’entre eux se placeront face au clan adverse ? Combien d’entre eux affronteront la réalité d’un monde coupé en deux, d’un côté une bulle d’écologistes, de l’autre une bulle de purs capitalistes ?

Regardez-les, toutes ces personnes, traînant sur des foires bon esprit, bon enfant, où l’on a déjà refait le monde, où l’on crie victoire… Mais le monde il est là, plein de ses égoïstes, débordant de sa pollution… Il n’a pas été refait, il est toujours le même !

Pauvres écolos enfermés dans vos bulles, que pouvez-vous contre l’empire qui se dresse devant vous ? Relevez-vous, ne restez pas là entre vous, allez au front ! Je veux vous voir à la guerre ! Car si je vous vois souvent, nombreux sur les foires, il n’en est pas de même face à l’ennemi… Il est si facile de rester entre gens convaincus, jusqu’au jour où… vous vous apercevrez que vous avez été vaincus !

Voilà des foires où vous vous amusez, où vous vous « distrayez »… Et pendant ce temps les pesticides s’épanchent sur les terres, et les maïs transgéniques contaminent nos campagnes ! Pauvres hommes qui voulez vivre sur votre belle planète, bientôt vous mourrez, écrasés par les imbéciles que vous dites combattre. Finalement vous ne valez pas mieux que ceux-là car protégés dans vos bulles et croyant y avoir sauvé le monde, vous les aurez laissés faire !

Alors continuez à rire entre vous et à vous distraire. Si vous ne voulez pas relever la tête, alors continuez à prêcher dans les déserts, face à vous-même. Car parler à tous ces gens qui sont en harmonie avec vous, c’est comme vous regarder dans un miroir… Ils vous applaudiront et votre ego brillera de mille feux… C’est cela que vous voulez ? Cela, l’ego poli, brillant, lustré ? Si cela vous donne bonne conscience, alors continuez… L’Empire, petit à petit, gagnera sur vous et vous ne le verrez pas… Pauvres écolos, pauvres hommes, comme je vous plains, prisonniers dans vos bulles, bientôt écrasés…

Mais s’il existe une route, longue sans doute, vers le changement… Alors apprenez à souffrir et combattez !

Antoine FORCES - Septembre 2008 - Tous droits réservés

30 agosto

Le cercleux

Voilà des années, la joie s’exhalait de mon corps, des rires éclatants jaillissaient de mes entrailles. Rien ne pouvait retenir ni arrêter mon bonheur, car le bonheur, c’était moi ! Voilà des années, avant que la maladie ne se pose sur moi.

Il y a longtemps déjà, mes frères vinrent me voir, mes frères que j’aimais tant. Ils portaient sur eux une marque inconnue, et ils semblaient tous baignés d’une lumière évanescente et merveilleuse. Ils me dirent que cette nouveauté émanait de l’empreinte, et qu’il n’y avait qu’à partager cette empreinte afin que le monde entier baigne dans la lumière. Et moi aussi, je reçus l’empreinte.

Je ne connaissais pas cette empreinte, mais je portais pleine confiance en mes frères, et la marque des cercles fut frappée sur ma poitrine nue.

Vint un long temps de partage, de solidarité, d’euphorie, et la marque des cercles circulait, et un grand nombre furent touchés et heureux.

Mais un jour, bien des années après, je m’aperçus que l’empreinte s’estompait… Mes frères aussi s’aperçurent du même effet, et beaucoup sombrèrent en chagrin. « Solidaires, mes frères, solidaires ! Elle réapparaîtra ! » Mais le Monde tourna son regard accusateur sur nous, puis l’on nous mît à l’écart. Contaminés, condamnés, frappés d’une empreinte mortelle.

Les cercles commencèrent à ronger notre âme comme une lèpre rongerait les corps.

La maladie, du bout de ses lèvres sur ma peau, apposa en douceur son baiser de mort.

Et jamais l’empreinte ne réapparut…

Aujourd’hui, je suis le cercleux et je me cache. Et tous les cercleux du monde font de même. Je ne sors que la nuit, afin que l’œil du Monde ne m’atteigne. Je me cache sous les ponts, et dans de vieilles masures habitées d’insectes, de rats, de ronces… Je suis le cercleux que l’on évite… et j’évite le Monde, de peur qu’il ne me frappe de son œil !

Enfoui dans de vieux cachots humides, me voilà promis à une mort lente et douloureuse. Jusque dans la tombe, l’œil peut surgir ! Frappé d’anathème, jamais je ne retrouverai la paix, car un jour et pour toujours touché par les cercles. Je suis le cercleux, porteur d’une épidémie moderne, imprévue, imprévisible, qu’aucun médecin jamais ne saurait guérir.

Tous les jours de ma vie, je maudis ce jour où mes frères vinrent, et je maudis mes frères, et je maudis le Monde, et je maudis tous ses habitants. Je suis le cercleux, un écorché, une larve. Eternellement, j’erre sur les boulevards nus, mon soleil n’est que lampadaires. Le Monde rit dans la succession des jours. Ma vie, quant à elle, est une nuit, sombre et sans lune, éternelle et polaire.

Etre cercleux, être incurable. Une fois inscrit, c’est un état qui fait partie de vous… C’EST vous ! Cela vous suit dans ce qu’il vous reste encore de vie, cela ne vous lâche pas. Etre cercleux, dans un enclos, rester en groupe, entre malades, et se déchirer encore, accuser l’autre d’être le premier infecté… Se battre, s’entretuer : quotidien, routine des pestiférés !

Je suis cercleux et j’en suis fier. Je contaminerai la Terre entière ! L’Humanité entrera dans mon cercle ! Tous les hommes, des cercleux ! Toute la Terre, touchée par cette nouvelle peste !

Que m’importe, maintenant, je suis cercleux et sans espoir… Que m’importe les autres ? Que m’importe la solidarité puisque aussitôt promise, aussitôt volée !?

Je n’ai plus aucune inquiétude… Demain n’existe plus : un grand cercle s’est refermé sur les erreurs du passé… A moi, Humanité !

 

 

Antoine FORCES - Août 2008 - Tous droits réservés

24 marzo

Les cercles d'abondance

 
 

Au tout début du troisième millénaire de l’ère chrétienne, il était des cercles, et des hommes entraient dans ces cercles, et ces hommes déposaient de l’argent dans les cercles. Ainsi la ronde commença, la chaîne qui enchaîne les hommes et leurs chimères en une seule boucle amère.

 

Au tout début était le doute, et le doute se tenait en périphérie des cercles, au début était le doute comme doutent toujours les hommes quand survient brusquement le bien, le bon, le beau.

 

Puis vint l’heure où le doute s’estompe, quand s’engagent les hommes dans les pas de leurs pairs et se laissent entraîner par le nombre.

 

Et vint l’heure euphorique de la première sortie de cercle, l’heure du premier homme sorti vainqueur du système, emportant avec lui l’octuple de sa mise initiale.

 

Alors les hommes prirent confiance dans les cercles, et entraient toujours plus nombreux dans ceux-ci, entraînant avec eux leurs proches, parents et amis. Les cercles croissaient et multipliaient à travers les Nations, bientôt ils furent des milliers, puis des centaines de milliers à évoluer sur la planète.

 

« Entrez dans les cercles, entrez dans la danse, voici venue l’ère de l’abondance ! », criaient les Prophètes au milieu des places publiques. « Bientôt, la pauvreté et la misère ne seront plus, l’abondance sera, elle seule, parmi tous les peuples de la Terre ! »

 

L’économie décadente du monde se releva brusquement, et l’argent circulait sur la Terre à grands flots, telle une rivière bienfaisante apportant vie et fertilité, faisant vivre et tourner des centaines de milliers de petits producteurs dont les corps semblaient auparavant désincarnés tant les os ressortaient sur la peau. Ils purent s’enrichir et se mieux nourrir, et ainsi guérir les plaies de leurs corps.

 

Et les grands de ce monde, ceux qui gardaient jadis cachés dans leurs banques des millions cependant que la famine sévissait sur toutes les Nations, ne comprirent pas. Et ils voulurent, eux aussi, entrer dans les cercles, afin de demeurer plus riches que tous ces anciens miséreux.

 

Alors les cercles continuèrent à croître et à multiplier, et les hommes euphoriques, perdus dans ces rivières d’argent, inventaient des projets toujours plus grands. Et ils distribuaient autour d’eux, aux peuples de la planète les plus lointains, des tonnes d’argent dont ils n’avaient eux-mêmes que faire. Ils se tendaient tous la main en une grande ronde, parlaient tous de solidarité, même de fraternité, et d’action humanitaire. Frère avec frère, ils avançaient.

 

Puis tous, tous les hommes de la planète, entrèrent dans les cercles. Grands de ce monde, miséreux, ouvriers, cadres, petits producteurs, tous entrèrent dans les cercles. Alors, le monde s’arrêta. Plus personne ne travailla, et les sols fertiles furent délaissés et laissés en friche, et les animaux d’élevage, et tous les animaux domestiques redevinrent sauvages, et toutes les productions, tous les travailleurs disparurent de ce monde. Tous étaient dans les cercles, la rivière avait débordé et le monde était recouvert d’un océan d’argent immense et inutile.

 

Alors vint le moment de la saturation. Tous les hommes étaient entrés, voire entrés de nouveau, dans tous les cercles de la Terre. Le nombre des hommes entrants se trouvait toujours grandissant, tendant à l’infini, alors que le nombre des hommes sur la planète était limité. La somme globale d’argent investie dans la totalité des cercles tendait elle aussi vers l’infini, alors l’argent ne put plus rentrer dans les cercles, la planète n’en portait plus assez. On essaya alors de faire croire que l’abondance serait sur tous les descendants des hommes, et qu’il fallait continuer… Mais les hommes au milieu des cercles, en attendant l’arrivée des nouveaux-nés, mourraient par milliers, la vieillesse les ayant atteints.

 

Et chacun commença  à se retourner contre l’autre, et frère contre frère les hommes se dressèrent. Une grande guerre eut lieu, qui décima la plus grande partie de l’humanité. Car les hommes avaient voulu entrer dans les cercles, et voulaient avoir et donner toujours plus d’argent autour d’eux. Car l’Humanité avait atteint le point de son être où se trouve caché l’Incommensurable Folie, le point qui devient espace infini et qui effondre sur lui-même l’être même qui l’avait créé, faisant alors de cet être un néant. 

 

Pauvres humains, vous qui n’êtes finalement qu’un tas informe de chair et d’os, vous qui êtes semblables aux bêtes que l’appât attire dans le piège… Entrez tous dans les cercles, et voilà ce qu’il adviendra de vous et de votre belle « civilisation ».

 

Antoine FORCES - 24 mars 2008 - Tous droits réservés

10 febbraio

Traité européen : la trahison de la démocratie

 
 

Le 29 mai 2005, les français étaient appelés aux urnes afin de participer à une grande décision collective concernant tout le pays, mais aussi tout le continent européen : le référendum sur le traité européen. Oui ou non au traité européen, et non pas oui ou non à l’Europe, comme certains l’avaient interprété alors. Les français avaient alors répondu, avec 54,68 % des voix, « non » au traité européen.

Aujourd’hui, le gouvernement français ressort le même traité des tiroirs, passe par la voie parlementaire et non plus par la voie référendaire, et fait ratifier ce traité.

Alors que la voix du peuple s’était élevée en mai 2005 par le biais des urnes pour refuser ce traité, trois ans plus tard il est tout de même ratifié, contre l’avis du peuple ! La question n’est plus de savoir si les français acceptent ou non ce traité, puisque cette question se trouve de fait écartée : Nicolas Sarkozy et le gouvernement français agissent de manière dictatoriale à l’égard du peuple, en manquant totalement de respect vis-à-vis de la décision référendaire de ce peuple. Il y a trahison de la démocratie et des valeurs de la République Française en général. Aucun président français, de gauche comme de droite, avant Nicolas Sarkozy, ne se serait permis d’aller à l’encontre du résultat d’un référendum. Dans le cas présent, en ce qui concerne le traité européen, il y aurait eu au moins réécriture de ce traité, et une nouvelle présentation aurait été faite au peuple français, qui aurait voté de nouveau.

Et puisque nous en sommes là, puisque nous en sommes à ne plus écouter la voix des votants et le pourcentage obtenu, pourquoi ne pas aussi remettre en cause l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence française en 2007 ?

Depuis cette élection, plusieurs faits semblent démontrer que la France, d’un système démocratique, glisse lentement vers un système dictatorial :

 

1)      Une véritable chasse à l’homme s’opère envers les sans-papiers, témoins ces nombreux cas de personnes s’étant défenestrées devant la peur de l’interpellation des autorités françaises. Témoins aussi ces cas de sans-papiers interpellés avec violence devant des écoles, sous les yeux des enfants.

2)      L’affaire du Malodor à Argenteuil, produit visant à chasser les SDF de la ville. Si Nicolas Sarkozy n’a pas été directement responsable de ces faits, nul doute que la politique qu’il mène depuis qu’il a été Ministre de l’Intérieur a autorisé le maire UMP d’Argenteuil à se décomplexer et se permettre toute liberté dans sa ville, au détriment de la liberté et du respect d’autrui.

3)      Le traité européen, ratifié à travers ce qui n’est qu’un simulacre de démocratie après une décision référendaire contraire : la voie parlementaire.

 

La France, bien évidemment, n’est pas une dictature. Pourtant, tous ces faits (et ce n’est que trois exemples parmi d’autres !), démontrent bien un glissement vers un système dictatorial ; il y a dans ce gouvernement, et principalement dans son président, une forte odeur de Vichy. Et avant que les bruits de botte ne se fassent entendre trop fort à travers les campagnes françaises, il faudra réagir. Les municipales de 2008, toutes proches, peuvent déjà être un premier moyen de faire reculer ce glissement et de retourner à une démocratie plus vrai. Car devant cette situation inacceptable au pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, devant cette situation qui toutefois n’est pas irréversible, il n’est pas trop tard pour agir sans violence, en paix, simplement en utilisant nos droits, et je n’ai alors qu’un mot à dire : votons !

 

Antoine FORCES - 10 février 2008 - Tous droits réservés

 

Note : je renvoie au site www.29mai.eu pour plus d'informations sur le sujet du référendum de 2005 et les décisions qui sont prises à l'heure actuelle.

16 gennaio

Monsanto 810

 

 

MON810. Cela ressemble au titre d’un roman de science-fiction, à quelque chose d’un avenir lointain. MON810 : sous cette appellation, on pourrait imaginer une terre et des paysages désolés, un sol contaminé, une lande clairsemée de quelques survivants, une poignée d’hommes malades cherchant en vain quelques grammes de nourriture et une gorgée d’eau. MON810 : dans ce nom il y a quelque chose de THX 1138, ce déjà vieux film qui nous menait dans un futur proche où tout était contrôlé, et où la surface de notre Terre était devenu invivable. MON810 a quelque chose de tout cela, et pourtant MON810, ce n’est pas l’avenir mais le présent… C’est aujourd’hui même ! Le MON810, donc, se conjugue au présent… Mais avec lui, nous avons déjà un pied dans l’avenir, et l’autre dans la tombe !

MON810, comme chacun le sait maintenant (ou comme chacun devrait le savoir), c’est ce maïs transgénique qu’un ministère qui ose se nommer « de l’écologie » avait autorisé, encore il y a peu, à pousser sur notre territoire français. Mais le vent, qui essaima ce maïs impur et indigne de l’homme en France, a tourné. Des graines de faucheurs essaimèrent à leur tour et écrasèrent les plants empoisonnés. Grande et belle victoire : le maïs Monsanto 810 ne poussera plus… Du moins cet été et en France… Pour la suite ?... Continuons le combat !

Depuis une bonne dizaine d’années maintenant, les OGM se développent et poussent jusque dans notre assiette et à notre insu. Je me souviens de leurs promesses : « Avec cette technologie, nous pourrons nourrir l’humanité toute entière ». Mais alors, pourquoi tous ces peuples crèvent encore ! Regardez-les,  tendre leurs mains décharnées vers l’Occident pour un grain de riz transgénique et une goutte d’eau polluée ! Regardez comme ils nous font confiance, comme ils attendent de nous ! Et ils crèvent toujours, pendant que les gros industriels de Monsanto et autres multinationales s’empiffrent ignoblement, s’enrichissent sur leur dos tout en empoisonnant les assiettes de leur propre famille avec le fruit de leur industrie.

Qui sont ces gens, si peu nombreux pourtant, qui décident pour l’ensemble d’une planète ? Et quelle est cette planète qui fut obligée, un jour maussade, d’inventer l’agriculture biologique ? Parce que cette agriculture là, elle existait depuis l’origine du monde. Même si l’on n’en avait pas conscience, elle existait, elle était là depuis toujours et elle nourrissait sainement les hommes… Quelle est cette planète qui dut inventer une chose ayant toujours existé, et toujours utilisée depuis le début des siècles ? Quelle est cette planète qui fut forcée de réinventer la vraie nature, afin de contrer les fruits maudits créés par de petits dieux tout en chair et en fric  ? Où sommes-nous vraiment ???...

 

 

Antoine FORCES - Janvier 2008 - Tous droits réservés

14 gennaio

Sujets traités en 2007

 
 
Janvier 2007
 
Le début : Un "blog", cela n'existe pas !
 
Appartenance ou existence : le "blog", cette chose qui n'existe pas, est-il "être" ou "avoir" ? Est-il moi ou est-il en ma possession ?
 
Blessure téléphonique : où comment un coup de téléphone vous écrase de solitude...
 
Novembre 2007
 
C'est déjà Noël ! : Chronique de Noëls qui s'amorcent de plus en plus tôt, quitte à décaler la vie de l'individu.
 
Décembre 2007
 
Derrière la vitre : Qu'y a-t-il derrière l'écran ?... ou quand la folie court sur les circuits imprimés.
 
Encore un Noël : le contraste entre "dedans" et "dehors", l'écart inhumain entre le bonheur extrême de certains, et le malheur profond d'autres.
 
 
 
Et que cette année 2008 soit vôtre !!!
 
 
Antoine FORCES
 
 
 
 
 
25 dicembre

Encore un Noël

 
 

Encore un Noël… Dans les foyers, chaleur, joie, grands rires, nourriture à foison ; cornes d’abondance. Pourtant, à quelques mètres de là, derrière la porte, le froid frappe et des hommes sont là, tapis dans l’ombre. Des hommes ou bien des fantômes, on ne sait plus… Recouverts des journaux colporteurs de catastrophes, recouverts de glace, pauvres êtres oubliés en marge de la « magie » de Noël, pauvres marginaux forcés.

Dans quelques maisons, l’on festoie, l’on ripaille, quelques maisons comme autant d’étoiles dans l’obscurité. Et dans l’obscurité, des ombres s’effacent sous de mauvais réverbères… A quelques mètres seulement de la chaleur. Mais la chaleur et la lumière s’enferment entre des murs ; le froid et les ombres sont faits pour vivre au dehors, ignorés.

Encore un Noël, mais pour ceux-là qui sont faits de misère, un jour comme un autre, si ce n’est que le froid est encore plus dense à cette date précise de l’année.

Encore un Noël et devant l’excès de joie, se nouent les drames de l’existence. Des êtres souffrants, malades, errant dans des rues vides et glaciales. Des êtres, le jour de Noël et peu avant, poussés au suicide par cette même « magie » qui anime de bonheur les bienheureux, les biens portants. Des êtres laissés là, à terre depuis longtemps, laissés là contre le bitume froid, des êtres seuls, seuls contre tous. Pas moyen de communiquer, pas moyen de communier. Là, seuls face au monde, un seul chemin, une impasse étroite et profonde qui tranchera la dernière artère de l’espoir, poussés par ce qui les entoure, par toutes ces guirlandes lumineuses, ces boules multicolores, ce Père Noël animé, là-bas dans la vitrine, qui semble leur sourire, qui semble les regarder, ironie du sort, destin tragique, pas moyen de parler, pas moyen de communiquer. Seuls contre tous…

Noël n’arrête pas le monde ; le monde était, est, et sera toujours. Le monde demeure… Le monde… Ce monument grandiose bâti d’extase et d’horreur…

 

Antoine FORCES - 25 décembre 2007 - tous droits réservés

21 dicembre

Derrière la vitre

 

 

Y a-t-il quelqu’un derrière l’écran ? Quelqu’un pour répondre à nos attentes, à nos espoirs, à nos cris, quelqu’un, quelqu’un doté d’une intelligence, un être vivant, un humain, un semblable, semblable à ce que je suis ? Une autre intelligence que moi, mais semblable à moi, là, juste derrière la vitre, là, juste derrière l’écran ? Y a-t-il quelqu’un ?

Depuis combien d’années déjà nous enfermons-nous face à cette paroi de verre ?  La toile fait tant partie de notre quotidien maintenant, qu’elle semble avoir toujours été là. Pourtant, elle a pénétré nos foyers voici seulement un peu plus de dix ans. Ce n’est pas vieux mais qui, après y avoir goûté, pourrait depuis lors s’en séparer ?

La toile tisse ses liens et le lien à l’humain s’en trouve renforcé ; en premier lieu additif de notre quotidien, elle est ensuite devenu omniprésente et addictive. Une nouvelle dépendance où l’on peut vaquer, déposer et ranger de vains objets, par vingtaines entassés dans des couloirs de circuits imprimés, et que l’on peut copier et recopier, couper, transposer et cloner indéfiniment et jusqu’à l’infini. Tout s’en trouve alors tellement plein, qu’il ne reste même pas place pour cette simple réflexion : « A quoi cela sert-il ? ».

Depuis tant d’années déjà, assis plusieurs heures face à ce carré de verre, chaque jour face à cette fenêtre sur le monde. MAIS QUEL MONDE ? Peut-on être sûr de la réalité de ce que l’on voit par la fenêtre ? Derrière la vitre, qu’y a-t-il vraiment ?

L’ordinateur, d’abord outil de travail, permettant de rédiger des textes, des discours, de faire de la comptabilité, de travailler des plans, des architectures, a glissé lentement au fil des années vers une autre fonction, et est devenu moyen de communication. Communication avec qui, avec quoi ? Avec le monde entier, avec les gens, les autres gens, le peuple, LES peuples, les élites aussi ? Communication avec qui ? Avec des inconnus, dont on ne sera jamais sûr de ce qu’ils sont vraiment, sûr ni de leur profession, ni même de leur sexe, encore moins de leurs mœurs ? Et pendant ce temps, on ne rencontrera jamais celui ou celle qui est là, celui ou celle que l’on frôle, touché pourtant l’Autre quotidiennement, échangées pourtant nos électricités statiques, mais statique toujours on ne bouge pas ; l’Autre, on le voit, presque on le touche, mais on ne lui parle pas ; on ne le connaîtra pas, il doit rester un inconnu. On ne rencontrera jamais celui ou celle que l’on côtoie physiquement et qui dort là, derrière ce mur de pierres, dans l’appartement d’à côté. Non, chacun dans son cube, face à une vitre où défile un paysage fait de fichiers, de dossiers, d’images, de sons, presque l’on s’y croirait, vivant, réel, en chair et en os, au milieu de tous ces fichiers empilés, presque on pourrait les toucher, les palper, les ouvrir comme de bons vieux livres faits de papier, presque on sentirait l’odeur de l’encre tant les objets, disposés ça et là, derrière la vitre, semblent être vrais.

Bientôt, des vitres géantes placardées sur des murs entiers deviendront fenêtres sur le monde ! Et un être, un être vivant, un humain sans doute, doté d’intelligence si tant peu qu’il lui en reste, assis tout au bout de la pièce, cloisonné dans un cube énorme, fixant continuellement le mur d’images, tapotant toujours sur un clavier, des heures et des heures obsédé par ce travail futile et journalier. Cet homme-là ne connaîtra plus le monde, QUE par cette fenêtre ! Assis toujours dans un cube sans portes ni fenêtres, enfin… une seule fenêtre, cette vitre géante placardée sur le mur ! De temps à autre, un instant de folie, l’homme se lève, se jette sur la vitre, la palpe des mains tout du long… Il veut voir le monde, il veut voir si cela existe, il frappe sur la vitre, il veut aller derrière, « pour de vrai », il veut glisser sur les formes, caresser le corps de cette femme, s’enivrer de sa douceur, sentir sous ses pas le sol rugueux, la roche rêche, respirer l’air du dehors et marcher dans le sol neigeux, toucher des doigts cette montagne. Mais… Tout autour de lui, un cube d’ébène et pour toute lumière un carré d’ivoire… Pour seul accès au monde, une vitre froide plaquée dans un cube froid, une vitre pour voir le monde non comme il est, mais comme on le désire, comme on le fantasme, une vitre toute lisse sans rugosité ni douceur, une vitre forte en absence de sensations. Alors l’homme – s’il peut encore prendre cette dénomination tant il se trouve réifié par l’instrument qui le possède -, alors l’homme se retourne, baisse la tête, retourne à l’autre bout du cube, se rassoit, puis reprend son tapotement incessant sur le clavier.

Y a-t-il quelqu’un derrière la vitre ? Il me semble apercevoir le monde, voir des formes… Je crois avoir parlé, une ou deux fois, peut-être trois ou bien plus, à des êtres soi-disant incarnés. Ces êtres semblaient avoir une existence, une vie qui leur étaient propre, une intelligence aussi. Et si finalement, il n’y avait personne d’autre que soi-même derrière la vitre ? Si, en définitive, la vitre n’était pas une vitre mais un miroir renvoyant éternellement à soi-même ? Alors, l’humanité ne serait faite que d’un seul homme : MOI !?

 

Antoine FORCES - Décembre 2007 - Tous droits réservés

06 novembre

C'est déjà Noël !

Fin octobre. Des chocolats enveloppés de papier aluminium représentants le Père Noël sont disposés dans les rayons des grandes surfaces. Nous sommes à deux mois du 25 décembre, soit 60 jours, soit 1/6 d’une année ! La Toussaint et la fête des Morts ne sont même pas passées, que déjà le Père Noël cherche à s’introduire dans la cheminée !

Le même phénomène s’observe en ce qui concerne Pâques, les vacances d’été et la rentrée des classes, à peu près avec le même décalage temporel. A grands coups de renforts publicitaires et d’images bien choisies, on nous annonce en avril le soleil, le sable chaud, les baignades quotidiennes et le repos, puis juillet n’étant même pas encore arrivé, on enchaîne directement sur les cartables et fournitures de nos petits écoliers !

On assiste au travers de tous ces décalages dans le temps à de vastes opérations commerciales destinées à accroître le profit des fournisseurs et distributeurs de produits saisonniers. Le consommateur étant plus longuement exposé aux placardages publicitaires, il acquerra les produits concernés en plus grand nombre.

Mais plus grave encore que les économies du français moyen réduites inutilement par ce honteux harcèlement, est l’effet psychologique possible sur certaines personnes lié à ce décalage. En plein mois d’avril, alors que l’individu est encore en plein travail, le voilà martelé d’images lointaines de vacances. Il peut en résulter chez lui une sensation de mal-être, car alors il n’arrive plus à vivre et ressentir pleinement son présent, mais se retrouve constamment projeté dans un proche avenir. Proche avenir qu’il ne vivra pas plus, puisqu’à peine en vacances, cet individu va se retrouver de nouveau martelé, cette fois par l’idée de la rentrée des classes et de la reprise du travail !

Pour vivre au mieux sa vie, l’individu a besoin de prendre conscience de son présent. C’est à cette seule condition qu’il pourra jouir pleinement d’un instant de bonheur ou, à l’opposé, faire correctement le deuil et évacuer sa souffrance dans des moments plus tragiques. Mais s’il s’attache trop profondément à son passé, ou s’il projette constamment ses pensées dans l’avenir, sa vie s’en trouvera profondément désaxée. Tout bonheur ne pourra jamais être entièrement consommé et laissera dans le cœur une cicatrice de regrets ; toute souffrance, quant à elle, ne sera jamais entièrement évacuée. L’individu entre alors dans un état maladif qui pourra le poursuivre durant toute son existence.

La question est de savoir comment empêcher ces désaxements causés par tous ces renforts publicitaires, ces images continuelles imposées quotidiennement à tout citoyen. Notre monde est allé bien trop loin, bien trop vite sur bien des points, et il est souvent extrêmement difficile de faire marche arrière, d’autant que nombre de personnes (et parmi elles celles qui sont à l’origine même de ces problèmes) n’ont même pas idée des conséquences extrêmes que peuvent provoquer tous les excès et débordements de notre monde post-industriel. Alors, impossible de reculer ? Il vaut la peine, c’est sûr, de réfléchir à la question. Cela peut nous laisser une chance de reconstruire autrement.

Fin octobre. Les Pères Noël en chocolat s’exposent dans tous les magasins. Les guirlandes lumineuses commencent à cligner dans les rues et les vitrines s’emplissent de boules multicolores, de traîneaux, de rennes et de bonhommes de neige. Mais nous sommes déjà le 6 novembre ! Je suis en retard ! Alors, joyeux Noël à tous !

 

Antoine FORCES - 6 novembre 2007 - Tous droits réservés.

28 gennaio

Blessure téléphonique

Le 8 janvier dernier peu avant 20 h 00, je recevais une blessure en plein coeur. Cette blessure qui m'a été infligée tout à fait par hasard (je n’étais alors qu’un mauvais numéro de loterie tiré parmi tant d’autres) doit nous faire réfléchir sur ce que l’on peut nommer les « aberrations du monde moderne ».

Ce soir-là, je me trouvais chez moi, écrasé et souffrant sous le poids de ma solitude. Mes pensées étaient noires lorsque la sonnerie du téléphone retentit. Cette sonnerie m’apparut comme providentielle : ma famille ou un ami m’appelait, et j’allais trouver dans ce contact un certain réconfort à mes angoisses. Je pris la communication, rempli d’espoir…

 

« Allo !

-          Allo !... Un instant, s’il vous plaît ! »

 

Au bout de quelques secondes, la voix d’une jeune fille reprit la communication (j’entendais aussi d’autres voix derrière elle, plus lointaines) :

 

« Allo !... Je suis bien chez M. Forces ?... Madame et Monsieur Forces ? »

 

La voix était mal assurée, quelque peu tremblante, il s’agissait visiblement d’une jeune fille qui venait d’être embauchée à ce poste, et sans doute était-elle encore à l’essai.

Quant à moi, je n’avais nul besoin dans mon état maladif de recevoir ce genre de démarchage téléphonique. Alors, exaspéré, je lui répondis :

 

« Ah non, vous n’êtes QUE chez Monsieur Forces, je vis seul ! »

 

Je n’eus pas le temps de finir cette phrase que la jeune fille avait déjà disparu du combiné. Les sons, les bruits de fond, les voix cessèrent… Et la voix douce et maladroite qui venait de me parler s’était envolée, ne laissant place qu’au plus profond des silences. Je crus alors que la jeune fille avait raccroché, mais quelques secondes plus tard, une autre voix de femme se fit entendre ; c’était une voix enregistrée, une voix électronique du plus bel effet !

 

« Quel dommage ! C’était un jeu pour les couples entre trente et trente-cinq ans ».

 

Enfin, les « bip-bip » de la tonalité résonnèrent jusque sous les voûtes de ma boîte crânienne.

 

Finalement, ce coup de téléphone avait bien quelque chose de providentiel… Mais pas dans le sens où je l’avais espéré. Il ne me fut donné que pour me rappeler plus fortement encore ma douleur.

 

Ces gens-là ne savent pas le mal qu’ils font… Ils remuent le couteau dans la plaie de la solitude !

 

Antoine FORCES - 28 janvier 2007

Appartenance ou existence

J'ai mon "blog"... Il m'appartient, il est à moi, je le détiens... Je suis en possession de lui... Non ! En fait, je n'ai pas mon "blog" ! Je suis le "blog". Le "blog", c'est moi, du moins il fait partie de mon être donc il EST moi, ou un extrait de moi. Je ne peux donc le posséder au sens d'une "acquisition", et le verbe "avoir" n'a aucun sens dans ce cas. Le "blog" vit au travers de moi, il EST moi, je SUIS lui, nous ne formons qu'un, nous sommes ÊTRE et non AVOIR.

Libre à moi de briser la notion même de "blog", puisque comme dit précédemment, le "blog" n'existe pas, il s'agit d'un mot imposé, greffé maladroitement sur notre culture. Certains diront que je me trompe, que j'exagère, que Internet est une culture à part à ne pas confondre avec la culture "traditionnelle", si je puis m'exprimer ainsi. C'est sans doute vrai, Internet est une culture, mais attention, une culture vampirisatrice, une culture qui ronge les autres cultures. Internet impose son vocabulaire de par le monde, et les langues déclinent, rongées par les "blogs", les "podcasts", et même les "SMS" des téléphones mobiles (qui ont leurs propres "lois" orthographiques : peu importe la dysorthographie du moment que le mot se compose de peu de lettres !)...

Le "blog" doit disparaître ! Il doit être "journal", "pensées", "réflexions", mais surtout pas "blog" ! "Blog" ne veut rien dire ; c'est un mensonge additionnel jeté à la face des gens. "Blog" est trop vague, on ne sait pas ce qu'il cache. Il peut être n'importe quoi, journal intime, propagande politique, recettes de cuisine, littérature, philosophie... On ne sait pas... D'où la nécessité de le faire disparaître. Donc, nous avons des "Réflexions", et cette notion même de "réflexions" sera peut être amenée à évoluer au cours du temps, comme un enfant qui grandit et accède petit à petit au fil des âges à une maturité d'esprit.

 

Antoine FORCES - 28 janvier 2007

27 gennaio

Le début

Me voilà donc comme les autres ! Pauvre insecte écrasé sur la toile, épié par le monde ! J'ai mon "blog", je fais partie du "tout"... C'est ainsi que l'on est accepté, en se fondant dans la masse, en devenant simple "indifférencié", copie conforme et invisible de "l'autre"... DES "autres". Ainsi, rien ne me distinguera plus du reste. Je serais là, ancré dans le mur, brique mêlée de mortier... Comme les autres !!! J'ai mon "blog" ! Dois-je être heureux de cela ?
J'ai mon "blog", mais qu'est-ce qu'un "blog" ? Je cherche en vain la signification de ce mot. On me dit que c'est un journal, ou quelque chose d'approchant. Alors pourquoi ne pas le dénommer ainsi !? Le "blog" ! Un fait apparaît certain : ce mot n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais dans notre belle langue française ! Le "blog" est un élément étranger, clandestin, greffé sur notre langue en dévalorisant celle-ci. Le "blog" n'est pas apparu dans notre langue de manière naturelle, comme il a pu en être d'autres mots importés et qui furent inscrits et acceptés dans la langue par le biais d'un échange culturel sain. Non ! Le "blog" nous a été imposé, sans que l'on ne demande rien !
Bref, j'ai mon "blog", je dois en être heureux ! C'est ainsi que l'on trouve le bonheur dans notre contemporanéité ! En écrivant des "blogs", cachés derrière son écran !
Je me souviens du "journal", dans mon enfance. Il s'agissait d'une sorte de livre, avec des pages immenses, et qui donnait des informations sur ce qu'il s'était passé la veille ou le matin même dans notre ville, ou dans le département entier. Les soirs d'hiver après l'avoir lu, on se servait de ses pages pour allumer le feu et se réchauffer. Comment faire de même avec mon écran ? Aucune importance, le feu de bois disparaît peu à peu de nos foyers, il s'éteint lentement au profit d'un chauffage central ou de convecteurs si froids qu'on ne les regarde jamais... Parce que le feu, quand il était de bois, on le regardait, on échangeait avec lui, il était comme une présence, un invité hivernal que l'on accueillait comme un membre supplémentaire de la famille. Aujourd'hui, il n'y a plus de famille... Ou bien elle se recompose, au gré des vents, selon les prévisions météos... Oui, oui, je dis bien : "selon les prévisions météos" et non "selon la météo". Car on n'attend pas, on anticipe ! On détruit avant que l'on ne nous détruise ! C'est la peur peut-être qui fait cela, je ne sais pas ! Bref il n'y a plus de famille. Seul ou en couple, nous sommes tous des célibataires. Cela laisse le libre arbitre à tous nos ébats, à tous nos fantasmes. Nous sommes tous des célibataires !!! Il n'y a plus d'être aimé, on ne s'aime que soi-même !
Le "journal" dans mon enfance pouvait être écrit par une seule personne, alors il devenait "intime". On ne le partageait pas, on le gardait pour soi. De temps à autre, on le relisait, pour se souvenir... Mais l'important était l'instant présent, au moment où l'on écrivait : c'était un soulagement, une libération de l'âme. Aujourd'hui, on écrit à tout va, on laisse lire à tout le monde ses pensées les plus intimes, et on se fout bien de la langue, on écrit comme ça vient. Le "blog" est souvent ça, un "journal intime", mais craché à la face du monde ! C'est peut-être pour cette raison qu'on lui donne cette appellation étrange de "blog", c'est pour dissimuler le caractère même de son intimité ! Mais qui est dupe ?
J'ai mon "blog", je fais partie du "tout". "Alors, es-tu heureux ?", me demande-t-on. Je réponds "Oui !". En vérité je ne le suis pas. Mais maintenant je suis comme les "autres" : je fais semblant !
 
Antoine FORCES - 27 janvier 2007